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La communication et les femmes : je t’aime mais pas tant que ça

16 août 2018

C’est un constat alarmant et qui, en même temps, en dit beaucoup sur le secteur de la communication : très peu de femmes sont à des postes de direction et rares sont celles et ceux qui en parlent.

C’est simple, pour vous en rendre compte, on vous propose un petit test qui ne vous prendra que quelques minutes, montre en main. Tapez « femmes à des postes de direction dans la communication » dans Google et vous verrez que ce thème n’est quasiment pas traité. Pire, on l’impression qu’il s’agit d’un sujet un peu tabou.

Pourquoi ? Bonne question, nous aussi on en a plusieurs à poser !

Pourquoi la créativité, la communication et la Femme dirigeante (notez le grand F) ne peuvent-elles pas s’entendre ? Ce désaveu de la part du secteur signifie-t-il que les femmes sont moins créatives ? Désirent-elles au moins se faire une place dans les hautes sphères du monde de la com’ et de la publicité ? On partage avec vous nos trouvailles en la matière.

Pourquoi se poser la question de la place des femmes dans la communication et la création ?

Ce sujet est loin, mais alors très loin d’être anodin pour nous, on l’avait d’ailleurs déjà traité en abordant  le thème des femmes dans le numérique.  À l’instant T, notre agence de communication et marketing fait partie de celles qui accordent une importance à la parité au sein du monde du travail. Correction, pas à la parité mais plus au mérite et à la motivation. Homme ou femme peu importe au final, non ?

Femmes vs hommes: un peu vieux comme concept, non ?
Homme ou femme est-ce si important ?

Écrire cet article s’est avéré compliqué. Non pas parce que cette thématique est difficile, mais plutôt à cause du manque d’informations et de statistiques. Un peu comme si le sujet lui-même était tabou. Après avoir participé à des salons, s’être perdu sur le web, après avoir étudié la configuration de nombreuses entreprises, on peut vous assurer que les femmes à des postes de direction dans le secteur de la communication et du marketing sont rares. On ne veut pas dire qu’elles n’existent pas mais seulement qu’elles restent très souvent cantonnées à des postes avec « moins de responsabilités ».

Selon l’AACC (Association des agences-conseils en communication) sur 61 directeurs de création français, il n’y a que 11 femmes. Information importante et qui est plus que significative : sur 1683 créatifs, 39% sont des femmes ! Elles sont donc bien présentes au sein de ce secteur. Une précision mais qui revêtit une importance particulière, le chiffre a considérablement baissé ces dernières années passant de 55% en 2005, à 39% en 2017-2018.

Femmes de pouvoir : focus sur une initiative nommée « Ladies, Wine and Design »

C’est aussi « grâce » au manque de visibilité de ce genre de sujets, que lorsqu’on tombe sur une initiative inspirante, on a vraiment envie d’y plonger à corps perdu.

C’est ce qu’il s’est passé avec le mouvement « Ladies, Wine and Design ».

De façon à ce que vous puissiez saisir son importance à l’échelle mondiale, il convient de revenir sur l’origine du projet. Alors on plante le décor ? C’est parti !

Jessica Walsh est une des figures fortes du design au féminin. À la tête de Sagmeister and Walsh (qu’elle dirige avec Stefan Sagmester), elle fait partie des femmes iconiques de l’entreprenariat au féminin et de la création artistique de grande envergure. S’intéressant au phénomène du bullying (harcèlement sur les réseaux sociaux) dont elle a très vite été victime, elle s’est retrouvée confrontée à tous les clichés féminins qui pullulent au sein de ce secteur.

«Si elle en est là, c’est parce qu’elle est jolie », « elle a forcément couché pour réussir », c’est de ce genre de messages dont elle fait l’objet. Au quotidien.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas des hommes qui sont nécessairement à l’origine de ces messages qui, en plus d’être haineux, suintent de jalousie et de méchanceté gratuite.

Après avoir identifié une de ses harceleuses sur Twitter, elle a prétendu souhaiter la rencontrer pour parler de son travail, feignant ainsi de ne pas savoir qu’elle faisait partie de ses détracteurs. En discutant avec elle, elle s’est finalement trouvée de nombreux points communs et ne lui a même pas parlé du bullying.

Il s’agissait en somme d’une femme on ne peut plus normale qui essayait de se faire en place parmi un monde créatif compliqué. Évidemment la manière de faire était à revoir de A à Z. Suite à cet échange, Jessica Walsh a décidé de tout faire pour assurer une visibilité au sujet de la place des femmes à des postes créatifs importants. De cette expérience est né le phénomène « Ladies, Wine, and Design ».

Quelques années plus tard, on retrouve « Ladies, Wine and Design » à travers le globe. Ce projet permet à ces femmes en charge de la création de se retrouver et de partager leurs expériences dans un cadre positif et propice à la réflexion. Les sujets traités lors de ces réunions sont vastes et rassemblent des dirigeantes ô combien charismatiques. Ensemble, elles incarnent cette idée de la femme puissante, décisionnaire et qui est bien plus qu’un simple bout de chair dont la seule vocation est de se marier et d’avoir des enfants.

Ces initiatives fleurissent à travers le monde et on en est ravi ! On vous invite d’ailleurs à vous renseigner ne serait-ce que pour comprendre l’ampleur du phénomène.

Vous pouvez par exemple aller jeter un coup d’œil à The Girls Lounge et le collectif Female Quotient. Il s’agit d’un business entièrement dirigé par des femmes et qui se spécialise dans la promotion de l’égalité au sein de l’environnement de travail. C’est aussi un très bon endroit pour trouver des informations plus qu’étonnantes sur la place de la femme dans différents secteurs !

Et pour les femmes en France ?

La France aussi voit naître certains groupes de femmes unies pour se soutenir. On pense notamment à ComElles qui se sert de sa présence digitale mais aussi physique pour animer des rendez-vous pour ces femmes qui créent et qui décident.

 Des initiatives qui voient aussi le jour en France
Ces femmes qui veulent briser le plafond de verre

Femmes en créa poussent le concept encore plus loin et propose des formations afin de permettre à ces femmes de « briser le plafond de verre ». Grâce à ces ateliers, elles provoquent des prises de conscience à la fois chez leurs homologues masculins par le biais de conférences, mais aussi chez ces femmes qui peuvent douter de leurs compétences à cause de tous ces clichés. Car oui, ces comportements ô combien arriérés ont un véritable impact sur la femme, son image et l’estime qu’elle peut avoir pour son travail. Il est donc plus que crucial de lutter contre cela pour enrayer un phénomène qui n’a que trop duré.

Pour terminer cet article, qui de mieux placée que notre directrice de création (qui est aussi co-directrice de l’agence Clemenvilla) pour vous parler de son ressenti face à un sujet qui ne la concerne que trop :

LEs femmes, un sujet qui plaît à notre directrice
Qui de mieux placée que notre directrice pour parler de ce sujet ?

« Quand on vit dans un pays comme la France et qu’on est une femme, on se dit qu’à l’échelle du monde on est plutôt très bien lotie. Mais on se dit aussi que notre cher pays des droits de l’homme (et donc de la femme également), doit être fidèle à sa réputation et donc montrer l’exemple. Et c’est là qu’on a encore beaucoup de travail.

Ce qu’il y a de plus inquiétant dans le sexisme, c’est de voir à quel point il est souvent banalisé. Un petit tacle par ci par là sous couvert d’un soit disant type d’humour accompagné d’un « ça va, fais pas ta rabat joie » ou encore d’un « oh là là qu’elle est susceptible celle-là » si on n’a pas envie d’y rire niaisement.

Désolée de vous dire que si vous vous reconnaissez là-dedans, c’est que vous appartenez à la catégorie des gros beaufs archaïques. Un autre danger réside dans une forme de régression de la société sur les sujets qui concernent la femme, ou même pour être plus exact, d’extrémisme. Quelques bribes d’échantillons de la soit disant femme « d’aujourd’hui » : il y a celle taclée de p…(bip bip bip) à la moindre gambette sortie, la féministe spécialiste de l’excessivité et de l’hystérie, versus ancien monde versus p…(bip bip bip) de clips… Heureusement, au milieu de tous ces clichés, la plupart s’en sort encore dignement.

Personnellement, je ne choisirai mon camp là-dedans – et pourquoi toujours en choisir un d’ailleurs. Comme je refuse d’opposer hommes et femmes, je refuse d’opposer et défendre toutes les femmes de ce monde. Déjà je n’ai pas le temps, et ensuite même si je le voulais je ne suis personne pour le faire. En revanche, je défends corps et âme l’idée de participer à la construction d’une société plus égalitaire, basée sur le mérite et la valeur ajoutée des individus.

Parce que les femmes sont encore rares à ce type de postes, je pourrais dire que je me sens privilégiée d’être aujourd’hui directrice de création. La réalité est que je crois l’avoir mérité, tout simplement. Dire que j’ai une place symbolique et m’en sentir une quelconque responsabilité en dehors de mes fonctions reviendrait à soulever la présence d’une femme à un poste de direction a un caractère singulier. Je ne souhaite pas encourager ce genre de pensées, ni devenir un jour un pseudo symbole (de quoi) en carton.

J’ai travaillé dur ces dix dernières années, et bien que jeune aux yeux de beaucoup (en plus d’être une femme, imaginez la folie !) j’ai une expérience atypique qui ne fait pas forcément la différence, mais qui fait ma différence. J’ai rencontré les deux fondateurs de notre agence qui après un an de collaboration ensemble ont décidé de m’offrir cette place tant convoitée. Pourquoi ? c’est surtout à eux d’y répondre. Le machisme, je l’ai côtoyé un nombre incalculable de fois au travail (et pas que d’ailleurs) avant d’arriver ici. Ça a juste forgé mon esprit, renforcé ma répartie, et permis d’arrêter plus rapidement de travailler avec et/ou pour des brochettes d’imbéciles qui ne méritaient pas mon investissement.

En revanche, ce serait mentir que de dire que je ne suis jamais fatiguée de savoir qu’il va falloir que je me batte deux fois plus et que je m’impose pour que les idées et projets que je viens défendre soient entendus et acceptés. On y arrive toujours, mais parfois c’est fatiguant, ou lassant. En clientèle, les femmes sont souvent pires que les hommes, c’est presque ça le plus désolant. Ce qui me fait relativiser, c’est ma vie tous les jours à l’agence. Ici, pas de distinction entre les gens selon leur statut, leur âge, leur sexe, leur origine, ou leur sexualité. En revanche, question investissement et créativité, on a clairement des attentes. La politique du mérite, c’est quand même beaucoup plus sympa que la guerre des sexes vous ne trouvez pas ? Pour finir, j’ai une question pour toi lecteur(trice) de cet article : tu as forcément dans ton entourage proche, une femme, une compagne, une fille, une sœur, une mère à laquelle tu tiens par-dessus tout. Pense à elle et imagine la victime de sexisme, de harcèlement, de méchanceté féminine, ou encore ne pas accéder à ses rêves les plus chers, au job de ses rêves simplement parce qu’elle porte un soutien-gorge. Ça te fait quoi ? Je te laisse simplement méditer là-dessus. »

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